Sans-papiers : « On a besoin de soutien »
Bientôt cinq mois que les travailleurs sans-papiers sont en grève. Malgré des promesses de dénouement rapide, ils ont désormais le sentiment d’être abandonnés. Ils seront ce matin sur le marché.
Plus le temps passe, plus les 68 travailleurs sans-papiers occupant la Bourse du Travail ont le sentiment de se trouver dans une impasse. Près de cinq mois après la relance du mouvement par la CGT, le 12 octobre dernier, les promesses d’examen rapide de leur situation sont en effet déjà loin derrière eux.
Diallo, Issa et les autres se souviennent encore des propos de Maxime Gremetz et de ses colistiers aux régionales, estampillés « Colère et espoir », leur laissant entendre au mois de décembre un dénouement rapide du mouvement.
Or les nouvelles émanant des préfectures se font toujours attendre. Dans l’Oise, les huit travailleurs relevant de sa compétence prennent néanmoins leur mal en patience, bien décidés à « aller jusqu’au bout ». « Mais on se sent abandonnés » confie Issa. Alors : « Ça va et en même temps ça ne va pas », lâche Diallo.
« Pendant des années, nous avons cotisé, payé nos impôts »
Plus que jamais conscients de la nécessité d’être soutenus, ils se rendront ce matin, vers 10 heures, sur le marché de la place Carnot pour tenter de rallier une fois de plus l’opinion à leur cause. « Nous sommes à la solde de nos soutiens tels que la CGT ou les élus, regrette Diallo. On ne peut pas faire autrement, mais nous, on ne fait pas de politique. On a besoin de plus de soutien parmi la population. »
Des tracts seront distribués en musique pour expliquer leur démarche auprès des habitants, banderoles à l’appui. « Il ne faut pas qu’on reste isolés », insiste Issa. Car lui et les autres ont bien compris quel jeu se trame en coulisses. « La préfecture voudrait nous régulariser au titre de la vie privée familiale, poursuit-il. Cela ne concerne en réalité que les personnes mariées ayant des enfants scolarisés. Nous ne sommes que quatre ou cinq dans ce cas-là. Or, ce que nous voulons, c’est une régularisation de travail. Pendant des années, nous avons cotisé, payé nos impôts… Mais on nous bloque de tous les côtés et on cherche à nous diviser. »
Car les patrons, eux, refusent toujours de payer la taxe Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) et de délivrer le document CERFA (une promesse d’embauche) qui leur permettrait de mettre à jour leur dossier de régularisation. Maxime Gremetz avait pourtant déclaré, en décembre dernier, son intention de porter plainte contre ces mêmes patrons et l’État.
Fin janvier, Jean-Paul Legrand avait quant à lui annoncé des régularisations imminentes pour au moins six d’entre eux relevant de la préfecture de l’Oise. Mais « Maxime Gremetz n’a rien fait », constatent, déçus, Diallo et Issa. De retour de la manifestation du 13 février, à Paris, les travailleurs sans-papiers ne se laissent pour autant pas abattre. D’autres actions suivront, jusqu’à ce que leur régularisation ne soit plus qu’une affaire classée.
FRANCK BRENNER
Le Courrier Picard
